Vous passez peut-être devant sans le savoir : dans le Territoire de Belfort, une entreprise familiale née comme petite fabrique de pièces pour la SNCF produit aujourd'hui des munitions spéciales pour les forces spéciales. Elle serait la seule en France sur ce créneau. Retour sur un parcours qui en dit long sur le tissu industriel du bassin.
En bref
- Jules Plubeau, décolleteur, s'installe à son compte en 1911 et fabrique d'abord des pièces destinées à la SNCF.
- La Grande Guerre réquisitionne la fabrique pour des éléments de bouchons allumeurs d'obus de 75 et des chariots de canon.
- Marie Lacreuse, née Plubeau, reprend l'entreprise en 1936, une rareté pour une femme dans la métallurgie de l'époque.
Le chiffre clé : 1911, Année où Jules Plubeau, décolleteur, s'installe à son compte dans le Territoire de Belfort.
Un décolleteur lance sa fabrique avec le rail comme premier client
Tout commence par un métier de précision. Jules Plubeau est décolleteur : il façonne dans le métal, sur des machines-outils, de petites pièces qui doivent être justes au plus près. En 1911, il décide de travailler pour lui. Son premier débouché est un client de poids, la SNCF, pour qui il fabrique des pièces.
Ce point de départ compte. Le rail demande des pièces fiables, produites en série, avec une exigence de régularité. C'est exactement le savoir-faire qui, plus tard, permettra à l'entreprise de changer de terrain sans repartir de zéro.
Dans le Territoire de Belfort, ce genre de petit atelier fait partie du paysage industriel depuis longtemps. Ces fabriques travaillent souvent pour un grand donneur d'ordre, et leur sort dépend de lui. L'histoire de cette maison montre comment l'une d'elles a fini par élargir son horizon.
La Grande Guerre transforme l'atelier en fournisseur de l'armée
Quand le conflit éclate, la petite fabrique est réquisitionnée. Elle ne produit plus seulement pour le chemin de fer : elle livre des éléments de bouchons allumeurs destinés aux obus de 75, ainsi que des chariots de canon. Le décolletage, qui servait aux pièces ferroviaires, trouve un usage militaire.
C'est le premier basculement de l'entreprise, et il n'est pas choisi. Il est imposé par les circonstances. Mais il laisse une trace : l'atelier a déjà prouvé qu'il sait fabriquer des composants d'armement avec la même rigueur que des pièces pour les trains.
La paix revenue, la maison ne s'arrête pas là. Elle signe quelques contrats avec la SNCF. Le rail reste donc un client, mais l'expérience de la guerre a élargi ce que l'atelier sait faire.
Une fille et un gendre, puis une femme à la tête de l'entreprise en 1936
L'entreprise est familiale, et elle le reste. Jules s'associe avec Léon Lacreuse, son gendre. Puis, en 1936, c'est Marie Lacreuse, née Plubeau, qui reprend l'affaire.
Le fait mérite d'être souligné : à cette époque, une femme qui dirige une entreprise de métallurgie est une rareté. La transmission se fait pourtant dans la famille, sans que l'activité en pâtisse.
| Étape | Ce que fait l'entreprise |
|---|---|
| 1911 | Jules Plubeau s'installe à son compte et fabrique des pièces pour la SNCF |
| Grande Guerre | Réquisition : éléments de bouchons allumeurs pour obus de 75 et chariots de canon |
| Après la guerre | Quelques contrats avec la SNCF, association avec Léon Lacreuse |
| 1936 | Marie Lacreuse, née Plubeau, reprend l'entreprise |
L'entreprise va ensuite rester dans la famille. Ce fil de continuité explique en partie sa capacité à durer : un savoir-faire qui se transmet vaut plus qu'un simple outil de production.
Aujourd'hui, TPM Défense vise un créneau où elle serait seule en France
Le chemin se prolonge jusqu'à aujourd'hui. L'entreprise, la SAS Plubeau, est passée des pièces pour la SNCF à des munitions spéciales destinées aux forces spéciales. Sur ce créneau précis, elle est présentée comme la seule en France.
Cette position change la nature de l'entreprise. Une PME qui fabrique des pièces standard subit la concurrence sur les prix. Une PME qui occupe seule une niche très technique dépend moins de cette pression, car peu d'acteurs savent faire ce qu'elle fait.
L'activité s'affiche désormais sous le nom de TPM Défense. Le nom dit la direction prise : la défense est devenue le cœur du métier, là où le rail occupait la première place à l'origine.
Les détails de cette dernière étape, comme les effectifs ou les volumes produits, ne sont pas précisés ici. Mieux vaut ne pas les deviner : ce qui est établi, c'est le point de départ, les virages successifs et la place unique occupée aujourd'hui.
Ce que ce parcours dit de l'emploi industriel du bassin
Pour un habitant du Pays de Montbéliard ou du Territoire de Belfort, l'histoire a une portée très concrète. Elle montre qu'une petite entreprise peut changer de clientèle sans quitter son territoire, ni abandonner son métier d'origine.
Le décolletage, la précision, la série : ces compétences ne dépendent pas d'un seul produit. Elles se déplacent d'un marché à un autre. C'est un argument pour les salariés du bassin, qui vivent de près les annonces autour de l'usine de Sochaux et de ses sous-traitants : un savoir-faire de mécanique fine peut trouver preneur ailleurs que dans un secteur unique.
Cela ne veut pas dire que tout est simple. Passer du rail à la munition spéciale demande des compétences, des autorisations et des clients d'un autre type. Mais le cas de cette entreprise prouve que la réinvention est possible pour une PME locale.
Enfin, la longévité compte. Une maison qui dure à travers les générations, qui change de cap sans se renier, rassure ceux qui y travaillent et ceux qui voudraient y entrer.
Vos questions
Qui a fondé l'entreprise Plubeau et quand ?
Jules Plubeau, décolleteur de métier, s'installe à son compte en 1911. Il fabrique alors des pièces pour la SNCF. Il s'associe ensuite avec son gendre, Léon Lacreuse.
Que fabriquait l'entreprise pendant la Grande Guerre ?
La petite fabrique a été réquisitionnée. Elle a produit des éléments de bouchons allumeurs pour obus de 75 et des chariots de canon.
Que produit l'entreprise aujourd'hui ?
Elle fabrique des munitions spéciales pour les forces spéciales, sous le nom de TPM Défense. Elle est présentée comme la seule en France sur ce créneau.
Sources : estrepublicain.fr.




























